« Le rêve est un maître. Il peut guider l’héroïsme, l’élan de vie, l’idéal, le style, les couleurs et les formes – l’Art enfin – loin de la barbarie des chiffres et loin des mortelles exactitudes.


Or, Marcel GENAY est un rêveur – mais un rêveur exigeant.


Sa plume et son pinceau n’ébauchent pas : ils imposent les fantaisies les plus insolites – et c’est un monde peuplé de chimères précises qui se dresse sous nos yeux, des figures éblouies, un bestiaire délirant, parmi des rocs et des racines, et mille architectures sans nom.


Combien j’aime ce monde-là où Marcel GENAY s’ébroue à l’aise, renouvelant à l’infini le rêve dont je parlais, le maître-rêve !


Et quelle rigueur dans cette folie où l’on voudrait se perdre, corps et âme, à la recherche de paysages impossibles et de structures inconnues…


Voici « les villes qui germent dans le cratère des racines » : architectures en arabesques, se dégageant de la matière ligneuse comme d’un limon originel. Voici des « Epaves » et des « Arbres » tourmentés que nous n’avons jamais vus ; le « cheval-serpent » veillant sur la Citadelle ; des « Iles gréco-romaines » telles qu’Homère ou Virgile ne purent les rêver, même qu’après d’aphrodisiaques libations ; et des « Arcades » et des « Mirages » ; et la « Cavalerie du Diable », dressée sur des célestes pilastres ; les « Visiteurs de l’Ile de Pâques » et les « oiseaux promenés par les chats »… Tout cela est dessiné, marqué, gravé comme par le burin de Dürer ; cet univers est d’une folie enchanteresse où tout – absolument tout – est permis, sauf un attentat contre l’harmonie, sauf un péché contre le dessin.


Puis, lorsque Marcel GENAY se trouve ainsi saisi par la nostalgie de la couleur, sans rien ôter à l’implacable poésie du trait, il fait couler, ruisseler le long de ses rocs, de ses villes-fortes, des roses de cauchemar ou de nativité, des bleus qui traînent ou flamboient, ou s’atténuent en des verts étranges : et le titre des toiles peintes est digne des paysages qui nous défient, comme si la plume et le pinceau s’étaient rejoints ici pour un alliage inquiétant : « l’Ile rousse du Sphinx », « l’Ile verte au Singe », « Les Monstres qui naissent du Bleu », « La Ville des terres de Rubis ».


Alors me revient en mémoire la parole d’un vieux peintre de Provence, aussi gourmand de couleurs que de mots : « l’âme du monde n’a jamais eu, elle n’aura jamais que deux langages pour s’exprimer pleinement, qui sont Peinture et Poésie ».



Hommage de Michel de SAINT-PIERRE