Art et Energie Créatrice


Conférence donnée à de nombreuses reprises

par Marcel GENAY dans les années 1980


_____________________



   Parler de l’art comme expression de l’énergie créatrice sera notre propos d’aujourd’hui : et la tendance fréquente d’opposer forme et contenu a conduit souvent la critique à aduler la forme, le vêtement extérieur, en négligeant les poussées internes qui génèrent ces formes, avec le risque de nous illusionner dans le confort d’un espace fermé ; particulièrement notre espace culturel, envahi de Grecs, de Romains, s’enfermant dans les rassurants emboîtements cartésiens de Versailles, sous le vent des plumets des centurions de Corneille, une énergie vitale alors très codifiée sous l’amidon des perruques.


Mais ce bel ordre de l’intellect est-il totalement satisfaisant pour le plein épanouissement de nos sens ? Peut-on être toujours assis à la périphérie sans jouir du noyau ?


Opposition, rythmes et équilibre


      Paul VALERY disait que le vivant oscille sans cesse entre deux extrêmes, « l’excès d’ordre et l’excès de désordre ». Le durcissement de la forme est parallèle aux formes de rigidité sociale, et l’extrême dissolution formelle trouve son pendant dans les mouvements anarchiques des masses. L’art ne peut s’isoler des lois universelles qui régissent les phénomènes, et une image très évocatrice peut nous faire prendre conscience de cette oscillation : ce serait celle du cristal et de la fumée, un système fermé, un système ouvert. Il y a donc dialectique ; pour que la vie se manifeste, il faut qu’il y ait opposition, projection sur une résistance. Nous avons ainsi le côté Apollinien et Dyonisiaque de la question ; ou bien Hécate la noire et Vénus la blonde manifestant les deux aspects de l’énergie créatrice, une énergie qui dissout, une énergie qui structure. En Inde, la déesse Kali aux multiples têtes et bras dans une danse tourbillonnante représente bien le sans cesse changeant des phénomènes… mais un sans cesse changeant sur un non changeant, sur une permanence structurelle…

Voilà bien le paradoxe qui est celui de l’art où, avec trois couleurs fondamentales, vous pouvez exprimer l’infinie variété du visible ; où, avec une gamme musicale restreinte, créer des œuvres nouvelles jamais entendues. Nous arrivons ici à la clé du mode d’expression de cette énergie fondamentale : le rythme. « Je ne croirai qu’en un dieu sachant danser » a dit NIETZSCHE en réaction vis-à-vis d’une société figée, particulièrement à son époque.


NIETZSCHE a pressenti l’urgent besoin du corps de se ressourcer à ce centre originel d’où l’énergie émane sous tous ses aspects multipolaires déguisés en mythes, en danses de divinités superposées dans des cercles s’emboîtant, de l’épais au subtil, comme dans un mandala.

Sortir des dogmes qui nous exilent de nous-même pour participer et donner forme à notre propre mythologie, c’est la seule issue pour imprimer notre note personnelle dans cette symphonie et intégrer en soi ces deux formes lunaires et solaires qui, équilibrées, ouvrent sur l’harmonie. La balance de ces deux formes représente le sommet de l’accomplissement, la possibilité de jouissance des forces de pulsion : vivre la dynamique des flux. Nous verrons plus loin comment cela a été vécu notamment par les artistes chinois.


Les forces solaires et lunaires


      L’aspect lunaire, l’aspect solaire, ces deux forces interagissent constamment. L’aspect lunaire représente l’intériorisation magnifiée par l’œil intérieur s’ouvrant sur l’inconscient. L’artiste visionnaire Odilon REDON avait le sentiment que les fleurs le regardaient, et les fonds d’aurore boréale de ses tableaux sont remplis d’yeux qui se promènent sur des corolles.


Pour le lunaire romantique, la nature ne reste pas indifférente aux projets de l’homme, il semblerait que se manifeste un jeu entre le regardant et le regardé ; un peu comme celui qui entend dans l’histoire taoïste… Le son de la cloche entendant le son de la cloche entendant le son de la cloche… un jeu de miroirs brisés où l’artiste dans une partie de cache-cache est à la recherche de son vrai visage ; et nous savons aujourd’hui depuis l’école de Copenhague qui a révolutionné la physique avec Niels BOHR, qu’à l’autre bout de la lunette nous ne rencontrons que nous-même ; nous sommes l’observateur s’observant, perturbant les phénomènes, et l’acte créateur prend alors une dimension bien au-delà de l’humanisme.


L’artiste à l’écoute de son inconscient semble continuer les rêves de la nature, inscrits dans les spirales des coquillages, dans les veines du bois, dans les mouvements nébuleux du marbre. Il s’arrondit de plaisir chaud que génère la spirale : d’une concentration sur soi. Ce soi est le point focal original d’où il peut exprimer lui-même en devenant plus subjectif, au-delà de l’égo en réconciliant les oppositions.


« Devenir poreux » a dit A. BRETON : pour vitrifier les apparences : car toute démarche créatrice s’apparente un peu à l’alchimie… Sauver l’étincelle de l’esprit enfermée dans la matière.


Le peintre VERMEER par exemple a manifesté à l’extrême ces deux aspects. Vous trouvez à la fois la forme apollinienne, solaire la plus définie, dans une rigueur de balancement semblable à une fugue de BACH ; où une géométrie quadrille notre œil dans de savantes perspectives, où le froid, le chaud alternent dans des bleus, des jaunes de porcelaine ; et toute cette architecture a en contre-mouvement cette atmosphère de lait de lune si particulière chez VERMEER qui semble pétrir les formes, lesquelles observées de près paraissent atomisées.

Un rythme granulaire gonfle la toile, et un aspect ponctuel dialogue avec un aspect ondulatoire, bien avant que De BROGLIE ne nous révèle les deux aspects de la lumière.


Et l’on sait par des recherches récentes, l’influence de SPINOZA sur VERMEER, évoquée dans la thèse de PONTUS HULSTEN sur VERMEER ; ce qui explique ce profond mystère de la matière dans les toiles de ce peintre.


Pour SPINOZA, l’univers manifeste l’esprit invisible, l’infini en acte dans le fini. Et ce mystère de l’apparition des formes dans un continuum énergétique, nous pouvons le pressentir dans une sublime pensée du poète romantique NOVALIS quand il dit : « Une rose est une certaine manière d’apparaître de l’invisible ».


Nous trouvons dans l’antiquité le rôle fécondant des forces lunaires et solaires symbolisé dans la statue géante de ZEUS à Athènes, où l’œil gauche représentait la lune et l’œil droit le soleil ; et l’on peut retrouver la même disposition au-dessus de certaines têtes de Christ romans ; c’est aussi pourquoi dans la tradition, on recommandait aux femmes de porter à la fois des bijoux d’argent et d’or pour une sorte d’équilibre des flux.


Correspondances entre le physique et le psychique


        Ainsi, les mêmes forces, en séquences rythmiques que nous pouvons lire dans la croissance d’un bourgeon de pin, ou d’une arête de saumon, ont créé la nature, toutes les formes et les structures de notre psyché ; il y aurait une similitude de l’ordre naturel et de l’esprit ; la nature exprimerait les lois de notre esprit et vice-versa.


Le philosophe qui a le mieux senti cette correspondance est SCHELLING, le théoricien du romantisme allemand.


Dans le sens spinozien, pour lui aussi la nature est l’esprit en acte, une « expansion sans cesse infléchie dans ses replis centrifuges et centripètes, où l’illimité s’objective en se contractant sur lui-même ». Ainsi les formes deviennent un support d’expression d’une conscience infinie qui s’objective ; et cette idée sera reprise aujourd’hui par R. RUYER dans son livre La Gnose de Princeton, faisant état des dernières réflexions philosophiques des physiciens.


Ceci fait aussi écho à BACHELARD, ce mathématicien poète qui a psychanalisé la matière dans L’Eau et les Rêves par exemple, et dont l’influence a été importante pour de nombreux artistes… et ses images sont tellement évocatrices… Pour BACHELARD, la substance est faite de rythmes, et qui contemple la matière échappe à l’univers morcelé, morbide du troupeau. Il passe du fluide au compact ; sa rêverie travaille en étoile, il devient pâte à lui-même à travers une résistance où la matière devient un miroir énergétique, un outil de l’âme. Il participe à l’écriture chiffrée des nuages, des ailes de papillons, des cristaux de neige. Il voit la lumière dans le cristal comme une lumière qui se pense elle-même ; et à ce propos, dans cet éventail d’une énergie consciente qui se déploie à travers des structures, R. RUYER parlant du rôle de l’œil a une pensée saisissante : « Les photons excitant les lobes du cerveau, la lumière devient conscience à travers l’œil, la lumière se voit elle-même, ou la chose se voit elle-même se voyant… ». On peut méditer longtemps là-dessus.


Le règne de l’ordre et de l’intellect


       Ceci posé, pour que nous ne restions pas à la surface des choses, car la saisie par nos cinq sens de l’énergie créatrice dans ses multi-variétés a été grandement émoussée depuis le XVIème siècle, par une mise en perspective de la vision exprimant l’empire de l’intellect.


Un principe de domination sur les choses, d’appropriation, une perspective théâtrale se dessinant dans les places, pour les parades militaires, cela correspondra à la naissance des grands états, à l’utilisation d’une énorme quantité d’énergie collective au service de l’égo. « Le Prince » de MACHIAVEL en devient le code, et le profond divorce avec la forme apparaîtra, n’exprimant plus une essence, une quintessence ; nous voilà avec le monde marchand et bancaire où les choses n’auront plus que le prix de leur apparence. Ce divorce des deux forces, conscience, inconscience, je le sens particulièrement dans les portraits, où la fraise coupe le corps en deux. Tout est haussé vers la tête, les énergies pulsionnelles seront jugées diaboliques, et l’illusion apollinienne de mettre le mystère en pleine lumière ne donnera que plus d’épaisseur à l’ombre non traversée par le phare de l’inconscient. Les idées claires et distinctes seront voisines des procès de sorcellerie de LA VOISIN et de LABOURD en pays basque, où l’on voyait des prêtres possédés broutant de l’herbe à quatre pattes.


Cette énergie créatrice inconsciente, jugée négative par les metteurs en scène de l’ordre social est bien marquée par le terme qui désigne la gauche en pays latin : sinistra, et son aspect sinistre sera le fond freudien de la libido. Il s’agit toujours de l’exaltation du même côté solaire hérité du Vème siècle grec : l’idéal d’un ordre projeté sur le chaos, nous gardant du royaume des mères goethéennes.


Mais à trop compresser ces forces, celles-ci finissent par éclater en des formes malignes de conflits de plus en plus collectifs… « J’ai cent mille hommes de rentes par an… » disait NAPOLEON, et les dernières décades jusqu’à maintenant illustrent bien l’emploi pernicieux de l’énergie créatrice non vécue dans l’équilibre de sa polarité.


Epanouissement des sens


    Mais en ce tournant du XXème siècle, avec JUNG et BACHELARD, l’imagination créatrice ne reste plus la folie du logis. Pour BACHELARD, les pierres, les arbres, les sources nous reparlent : l’écosystème est une manière de rouvrir la porte aux nymphes, ondines, gnomes.


« L’Univers est beau avant d’être vrai ». C’est le mot-clé de BACHELARD. Et retrouver notre enfance savante étrangère au moi distinguant sujet, objet, le calme de l’auto-appartenance, il ne s’agit plus d’une régression dans le sens freudien, mais du dérèglement de tous les sens de RIMBAUD, lequel ne pose pas ici une sorte d’hallucination droguée où nous serions passifs, mais le plein épanouissement de nos sens au-delà de l’impérialisme de l’intellect. « Elle sera retrouvée alors l’éternité… c’est la mer en allée avec le soleil » a dit RIMBAUD. Le mariage de l’eau et du feu.


Parler de l’énergie créatrice débouche toujours sur l’alchimie, sur la conjugaison des contraires. Alors plus d’opposition conscient – inconscient, mais seulement des niveaux de conscience non encore éclairés.


Dans cet état d’ouverture aux énergies formatrices, nous pourrons selon la belle image taoïste : respirer des talons et voir avec les oreilles et savoir écouter les sons liquides, rocailleux, pâteux, aériens, métalliques, perlés, cristallins, où la musique est faite pour savoir écouter le silence. Où nous pourrons peindre l’intérieur des nuages et notre main au-delà de l’œil jouira du grain ou du soyeux, du fluide ou du compact, d’une toile de BRAQUE ou de MANNESIER.


Saisir le rythme intime qui unit les choses à l’esprit, avec le principe d’organisation qui les font naître, c’est participer au souffle, au pneuma, aux quatre vents de l’esprit, à une dynamique de l’extase qui régénère celui qui contemple.


L’Art Chinois


        Art-énergie créatrice : nous reprenons une suggestion évoquée au début de notre entretien de vous parler quelque peu de la tradition chinoise.


Pour l’artiste traditionnel chinois, il s’agit de saisir le rythme intérieur des choses, extraire l’harmonie intime qui soutient les phénomènes : l’art devient alors une traduction graphique des états de conscience, une saisie de l’ensemble des rapports vitaux.


Le geste créateur nous ouvre sur le réel structuré par la vie consciente, opposé au réel répétitif, mécanique, résultant de la distance prise entre nous et le monde depuis le Cartésianisme.


La création artistique serait donc une intensification des rapports du monde, une possibilité de s’unir au rythme de l’univers, de sentir en soi l’énergie formatrice des choses… Cela se voit particulièrement dans l’écriture des paysages de « MIFOU » jusqu’aux paysages griffés, très énergétiques des Jardins d’Arles de VAN GOGH que nous pouvons mettre en parallèle.


L’artiste se dissout dans le spectacle contemplé : il devient aptitude de réalisation spontanée à travers laquelle l’univers se voit, se développe. Nous retrouvons encore ce jeu rétroactif de la forme consciente évoquée dans l’œil et la lumière de R. RUYER.


« Toutes choses viennent pour te caresser ; elles veulent que tu les portes ; C’est quand l’inspiration créatrice coule en moi le plus richement que mes muscles fonctionnent le mieux… Dansant dans ma joie, je gravissais huit heures d’affilée la montagne ». Ainsi s’exprimait NIETZSCHE sur la route d’EZE en élaborant son Zarathoustra.


Intégration


       Alors à travers des contextes de cultures différentes, nous retrouvons le même fonctionnement intégrant de l’énergie créatrice.


L’artiste reste profondément l’homme du jour et l’homme de la nuit. Il saisit toujours quelque chose qui va au-delà de ce qui est donné pour l’homme du quotidien agissant dans le réel voilé.


L’artiste agit comme un amplificateur des cinq sens, ce qui ne va pas toujours avec le sens commun : il peut coïncider avec ce qu’il y a de plus subtil, de plus profond, avec ce qui est lourd ou aérien. L’apparence formelle morcelée au premier regard tendra à se structurer, à dégager des schèmes dominants, des totalités organiques que nous n’épuiserons jamais par la pure analyse intellectuelle.


Plonger au sein du défini nous ouvre l’infini formatif en acte à travers tous les étages du réel ; et l’artiste poète est celui qui presse, intuitionne cette infinie corrélation des phénomènes ; cela peut s’appeler au sens de HÖLDERLIN « vivre poétiquement le monde »… Sauver le vécu ontologique face à tous les terrorismes de l’histoire. Après avoir tant transformé, peut-être pourrons-nous à nouveau sans honte contempler l’univers ?


Art d’hier et d’aujourd’hui


         Une des tâches de la philosophie de l’art d’aujourd’hui sera sans doute de montrer comment on peut à la fois poursuivre les analyses, les décompositions résultant de notre type de culture d’une part, et d’autre part de ressaisir sous les choses, leur substructure solide et fondamentale. Nous aurons alors retrouvé le moyen d’échapper à notre dualisme intégrant l’ordre et le désordre dans des alternatives épanouissant nos facultés. Un peu l’image quadripartite de JUNG où Animus et Anima, le côté solaire et le côté lunaire de la création, participent dans des échanges de polarités. Il n’y aurait plus à opposer l’art abstrait, l’art figuratif, le conceptuel, etc, à nous enfermer dans nos catégories. Dans cette perspective, l’histoire de l’art serait comme une mise en forme d’un théâtre d’ombres que se jouent les principes éternels entre eux pour notre plus grande joie si nous savons y participer. Alors nous découvrirons ces alternances dans l’épaisseur des millénaires d’une mondovision de l’acte créateur définissant la manière de participer ou de refuser le jeu des apparences. En lois cycliques récurrentes, les âges classiques, les âges baroques ou romantiques ont toujours circulé hors d’une linéarité historique. L’histoire des formes manifeste encore une fois cette nécessité d’ordre et de désordre qui permet de glisser d’un plan à l’autre ; l’alternance évolution – involution, système ouvert – système fermé, englobe tout le vécu.


Art de vivre : une réconciliation


           L’art ne pouvant s’isoler de la vie, nous débouchons sur l’art de vivre tout court. Les fonctions du corps avec les cinq sens qui qualifient en projections de sons, couleurs, formes, rythmes, les oscillations d’un champ électromagnétique qui nous entoure, font du corps un chef d’orchestre, un vecteur de mutations infinies. « Vers quelle espèce allons-nous ? » interroge le poète S.J. PERSE. Que savons-nous de l’homme ? Et le corps du dieu KRISHNA devient une sorte de flûte à travers laquelle l’air, le pneuma grec, module ses infinies variations intégrant dans l’extase les énergies créatrices, ces mêmes variations jouées sur les sept cordes de la lyre d’Orphée ; elles nous font aboutir toujours sur le sans cesse changeant dans une gamme permanente, à la vision d’un univers fonctionnant comme une œuvre de VOLTAIRE, et peut-être symboliquement aujourd’hui, les montres à quartz, les cristaux liquides, les microprocesseurs, les alliages réalisés en apesanteur ouvrent un nouvel âge de l’esprit ? Dans ce nouvel âge nous retrouvons une continuité entre le conscient et l’inconscient, le psychique et le physique. L’homme émietté sortira de son uni-dimension pour décrire un ordre formatif qui est sans cesse en mouvement vers un centre différent de l’ordre mécanique. Dans une intériorisation croissante le monde sensible cessera de nous apparaître un objet : nous retrouverons les délectations conscience forme, la vie obscure de l’âme et le pur sentiment d’existence évoquées par ROUSSEAU. La vision alchimique du dehors, du dedans, du haut, du bas réconciliés. Nous pourrons passer à travers le miroir, et nous enrichir des différences qualitatives dans l’unité, maîtriser notre intériorité par une méditation sur le dehors et le dedans, en les dépassant et en les unissant, ce que montrent toujours les purs chefs d’œuvre, que ce soit REMBRANDT ou VERMEER pour ne citer que ces deux-là.



Marcel GENAY